
Le SHUKA
Il y’a quelques temps de cela, j’ai souhaité me rendre en Ecosse dans les Highlands afin de découvrir la culture du kilt. C’était il y a un an pratiquement, Eh ben figurez-vous que … Je n’y suis toujours pas allée. Pour me consoler de ce manque dans la gestion de mes finances et de mon temps, je me console en peinture avec le shuka. Oui, la peinture sert à cela des fois, consoler des aléas de l’existence. Je me dis, pourquoi ne pas raconter les massaïs, ces fiers guerriers qui font la richesse culturelle du continent avec leur port altier et leur qualité se combattants. Et puis, ne chasse pas le lion qui veut quand même. Sans compter les performances de leurs athlètes.
Bref, peindre le shuka c’était vraiment un bon moyen de me consoler et de me remonter le moral. Le shuka, pour ceux qui ne savent ce que c’est, est une couverture dont les massaïs se servent pour se recouvrir les épaules, et c’est une étoffe qui vient en complément de leurs attires. Alors, en peignant je me suis dit, c’est quand assez similaire au tartan écossais. Comment et pourquoi ? . Et c’est vrai que, plus je la regarde cette étoffe plus je lui trouve des similitudes avec le kilt écossais. Cela m’intrigue, alors je recherche. Le premier site internet qui en parle un peu, me dit que les origines écossaises du shuka? Nan, c’est une légende. Que les origines de l’étoffe sont est bel et bien Keynianes à 100 %…. Je n’en doute pas une seconde sauf que, si on est un peu logique, que l’on pense colonies britaniques ou highlands et on devrait supposer qu’un lien existe bel et bien…. Bref, mes interrogations sont multiples.
Commençons par le commencement: Ce que l’on sait : Limpérialisme britannique vit ses plus beaux jours entre 1848 et 1914. Le kenya est colonisé ( par les britanniques) en 1895. Les massaïs sont un peuple semi nomade. Ils pensent que le bétail leur est confié par le Dieu Enkaï. Leur attribution principale est de prendre soin de celui-ci. Ils n’en ont ici que l’usufruit. Que l’Afrique noire connaît le tissu et le tisse avec quatre matériaux possibles, le liber, la soie, le raphia et le coton. Quant à la laine, les premières découvertes datent de environ 380-550. En Nubie. C’est en Nubie aussi que sont découvertes les premières reliques de tissus tissés. Ce qui ne fait donc pas de doute. Le tissage et l’étoffe, l’Afrique noire en maîtrise l’ouvrage depuis le temps des kouchs. Du moins l’Afrique orientale. De plus Ibn Battuta précise dans ses écrits que les tissus que l’on trouvait sur les côtes Est africaines, étaient très prisés en Egypte. Précisons que les métiers à tisser et les fuseaux existent sur les côtes Est africaines depuis le X eme siècle et les premières découvertes à l’intérieur des terres datent du XIII eme siècle.
Nous pouvons donc conserver dans un placard l’idée archaïque selon laquelle nous ne savions nous vêtir que de peaux d’animaux. Précisons tout de même que, si cela aussi a fait partie de notre «style « , à une époque, nous étions en plus, fort doués pour le tissu.

Et cela se voit lorsque l’on se réfère à ce que les pays d’Afrique subsaharienne utilisent comme méthode de tissage? Nous avons des étoffes telles le kenté, le Faso dan fani, ou le kente. Les méthodes de tissage incorporent dans leurs motifs, des figures géométriques diverses. Aucun de ces dessins ne fait penser, ne serait-ce que de loin, à des carreaux d’un tartan.

On pourrait se dire que ce sont peut-être les impressions que l’on voit sur le ndop? Le bogolan? Non rien de tout ceci. Les tissus teints ne se revèlent pas, du moins de par leurs « géométries » être de potentiels ancêtres de quelques tartans écossais.

Mais alors en sachant tout ceci, pourquoi vouloir absolument trouver un lien entre le shuka et le tartan écossais ?

Il serait pour cela intéressant de savoir un peu ce qu’est un tartan.
La définition de Jonathan Faiers du tartan : Le tartan est un ensemble de lignes qui se chevauchent à la verticale et à l’horizontale allant du plus simple connu sous le nom de Robroy (photo 3) au plus complexe, le tartan Ogilvie avec parfois, jusqu’à 180 changements de couleurs. Dans de la laine. Ce qui en fait un vêtement coûteux. Les couleurs des tartans définissent le lien d’appartenance à un clan. Les origines des tartans sont écossaises.
Les écossais servent fièrement la couronne. Ils participent à la construction de l’empire britannique. Leur présence dans les colonies « exotise » le tartan. Il est aussi important de noter que déjà en 1486, l’Angleterre crée la Fellowship of Merchant adventurer pour élargir son marché de laine et de tissu. Avec l’esclavage, ils inondent déjà les marchés en proposant aux esclavagistes de quoi vêtir leurs esclaves. C’est avec les conquêtes impérialistes britanniques et l’industrialisation que le tartan « exotique » prend son envol. Celui-ci n’est plus seulement en laine. Il devient moins coûteux et s’épanouit, sous le soleil, tout au en coton. Il s’adapte au climat. Et les colonies et les populations locales l’adoptent.

L’Inde, le costume national jamaïcain, les antilles, mais le shuka ? L’identité visuelle du shuka me dit que oui, mais je n’ai pas encore trouvé d’écrits pour me le confirmer. L’ethnologue Xavier van der Stappen ne mentionne lui, que de la peau de bêtes.
Je reste sur cette interrogation qui n’en finit pas de m’intriguer. Alors le shuka, ses origines sont-elles oui ou non keynianes ? D’autant plus que, lorsque l’on sait que de La laine de chameau est découverte dans des tombeaux en nubie qui date d’environ 380-550 et que le bout de tissu retrouvé ressemble à celui-ci (photo 4) on peut réellement se poser la question et tout naturellement en déduire que les origines sont Est africaines. Le shémas, les motifs sont en effet les mêmes que ceux des tartans Robroy.

Cette conclusion nous apporte au moins un élément de réponse probant. Les découvertes sur le textile en Afrique. On ne peut nier qu’il existe une ressemblance étrange entre les deux étoffes shuka et tartan. Toutefois, mis à part la langue anglaise et la colonisation, aucune autre similarité n’est visible. Nous supposons donc que la colonisation serait le seul lien possible entre les deux étoffes. Parce qu’un peuple semi nomade, pour ses besoins quotidiens, se servirait forcément des ressources disponibles. De la peau de vache était selon certains écrits, le matériau utiliser pour confectionner les vêtements massaïs. Pourtant, le rappel historique nous confirme qu’une autre explication est plausible. Il ne reste plus qu’à la trouver.
Shingui
