
Je vais devoir introduire cette deuxième partie de mon article sur le Thomas Sankara féministe par une phrase que j’ai vu passer sur le média tiktok* et qui disait: » Mais en fait, Sankara, n’était pas gentil…. » Cette phrase me laisse quelque peu perplexe… Gentil? un chef d’état a t-il réellement besoin d’être gentil? Ils sont en général élus pour penser le bien être des populations qu’ils ont choisi de servir. Ce qui suppose que l’on prenne des décisions à la fois populaires en faveur des uns ou impopulaires car en faveur des autres… C’est la suite logique des responsabilités qui leur incombent. Pour ce qui est du chef d’État africain en particulier. Si l’on s’en tient à ce qui est de l’ordre du politiquement correct. Depuis le départ du colon, les chefs d’États au pouvoir ont fait en sorte que les populations reçoivent éducation, soins de santé, infrastructures au top. Ils ne pillent pas les caisses de l’État, ne détournent pas les fonds, renouvellent les infrastructures, et surtout n’opressent pas les populations. Ceci serait peut-être au fond, la vraie définition du terme « gentillesse » ….. Or, il serait tout à fait surprenant pour un chef d’État que d’être gentil. Pour réformer en profondeur, il ne faut surtout pas avoir peur de prendre des décisions impopulaires. Or, faire de toute une nation des hommes et des femmes intègres demande que soient prises des décisions qui la fera sortir de sa « zone de confort ». La nouvelle version du peuple passera sans doute, avant de devenir réelle, par un rejet parfois des nouvelles directives. Ce qui mènera peut-être à des révoltes, qui dit revoltes, dit repressions. Et c’est parce que je condamne toutes formes de violences, que je ne puis cautionner le fait que soit mis à mal, le courage de ceux qui ont osé. Ceux qui, malgré le contexte politique des fois, ont souhaité exprimer haut et fort leur mécontentement. Cela sera sans doute douloureux pour un certain nombre contestataires. Et là, nous compatissons bien entendu.
Mais est-ce vouloir faire des années Sankara un modèle de gouvernance en Afrique? Peut-être…
Aujourd’hui, en 2024, 37 ans après la mort de Sankara, adulte et réfléchie, je préfère penser que, cette génération qui voit encore en Sankara un grand homme, garde en mémoire l’amour avec lequel il a pensé et pansé les blessures, présentes et futures, des femmes. En leur offrant une égalité hommes femmes dont beaucoup n’osent toujours pas rêver. Oui, oui, c’était un précurseur. Quand dans les années 80, on définissait la femme et son rôle dans les sociétés subsahariennes. Oui, il fallait accepter d’être impopulaire pour parler Les mutilations génitales; l’excision, dire non au levirat, remettre en question la polygamie, dire non aux mariages arrangés si le choix du futur conjoint ne convient pas. Décréter que, lui président, l’on ne peut obliger des jeunes femmes à convoler en justes noces avec le mari choisi par les grands parents ou grands oncles ou grands-mères… Si l’amour n’est pas au rendez-vous. Permettre aux femmes d’accéder à la propriété foncière. Dans une société où les aînés prennent toutes les décisions importantes de la famille, il n’est pas difficile d’imaginer le nombre de mécontents qui ont dû vivre avec leur mécontentement…. Se sont là des choses toutes simples aux yeux de ses détracteurs, mais qui prouvent l’intérêt que l’on porte aux plus fragiles.
Ceci juste pour dire que les femmes en ont mené des combats pour pouvoir, exister, libre de leurs choix aujourd’hui. La France en cette année 2024 inscrit l’Interruption Volontaire de Grosse dans sa constitution. Pour les pionnières du mouvement c’est un rêve qui devient réalité. Les combats menés par les femmes africaines, dans l’antre du patriarcat il faut le souligner, avaient besoin que les hommes dans les instances dirigeantes comprennent leurs difficultés et légifèrent. Sankara a été le premier à le faire. Ce qui a changé le futur de la femme burkinabé. Auraient-elles pu mener, seules ce combat? Peut-être. L’impact sur la société burkinabée et sur le continent africain aurait-il été le même ? Non, je ne pense pas. Il a pour cela mis l’accent sur des évidences: La pauvreté et l’analphabétisme sont les causes des inégalités femmes-hommes, sortir les femmes de la pauvreté était la priorité. Pour cela, instruire les filles et ouvrir les postes du pouvoir exécutif aux femmes était une nécessité.
Et si on établissait un etat des lieux succinct.
Au Burkina Faso, Les femmes sont plus présentes sur le marché de l’emploi. Elles sont 38 dans le pouvoir exécutif depuis 1956, avec en moyenne 3 à 9 mandats chacune. Avant le gouvernement Sankara, elles étaient 9,5% environ au gouvernement, contre 5 à 20% pendant la présidence Sankara. Le taux d’alphabétisation est passé de 5% chez les femmes à 31% en 2022. Les femmes africaines produisent toujours plus de la moitié des cultures vivrières du continent. Pour créer ou faire grandir un commerce, elles ont à leur disposition des organismes de crédit et des aides au développement. Le code de la famille sanctionne la polygamie, le viol et l’adultère.
Avec plus de 84% de la population en zone rurale, l’accès à l’information n’est pas aisé. Les femmes ne connaissent pas toujours leurs droits. La polygamie n’existe pas au yeux de la loi. C’est bon à savoir. Les droits agraires et fonciers sont les mêmes que ceux des hommes du moins en théorie…. en tous les cas, l’homme de loi a légiféré. Entre Temps, les coups d’état, les guerres contre les djihadistes et le COVID déplacent en 2020, 848000 personnes, dont 84% de femmes et d’enfants. Les ressources manquent, les hommes en âge de travailler sont partis vers des cieux plus cléments. Les femmes dans les camps manquent de tout. Ici, ce sont les Organisations Non Gouvernementales qui prennent le relais, afin de pourvoir au plus pressé.

En Septembre 2022, le 5eme coup d’Etat porte Ibrahim TRAORÉ au pouvoir. Il à 35 ans, révolutionnaire et panafricaniste. Comme SANKARA. D’aucuns pourraient voir dans les deux personnages des points communs, oui, il y en a. Mais j’aime à penser que SANKARA ne pouvait accepter que les membres de sa famille occupent des postes au sein de son gouvernement. Ce, afin d’éviter tout ce qui était de l’ordre du conflit d’intérêt. Pour IB comme l’appellent ses compagnons de route et révolutionnaires, c’est le contraire. Il s’est entouré de sa famille. Son gouvernement compte 5 femmes sur 23 membres au total. Il leur fait confiance pour des postes autres que ceux réservés aux personnes de sexe feminin en général. Elle sont souvent assignées à des fonctions telles la condition de la femme ou l’éducation…..elles sont ici aux affaires étrangères et à la transition digitale. Peut-on dire que cet été des lieux est positif et en plein dans ce qui fait la femme émancipée? Oui… mais il est important de tempéré en soulignant bien le fait que tout n’est pas rose dans la maison du féminisme africain. D’abord parce qu’il est nécessaire d’être clair sur le fait que le féminisme n’a pas la même saveur qu’en occident. Ici, les femmes prônent la sagesse… Ce qui me fait penser au témoignage de deux personnes ayant exercé des hautes fonctions au sein d’un gouvernement burkinabé. Non, ce n’est pas celui d’Ibrahim TRAORÉ.
Deux dames expliquaient à leur interviewer que le célibat, avec ou sans enfants, était parfois un statut enviable au vu des contraintes qui peuvent s’exercer sur la vie maritale d’une femme. Plus encore si celle-ci occupe un poste à responsabilité. Les époux de ces dames, ont encore un droit de regard sur les circonstances qui favorisent les avancées dans leurs carrières. Ainsi, lorsqu’un époux émet des doutes sur la qualité de vie qui dépend de la nouvelle affectation de madame, il est fort probable que le poste ne soit pas accepté. Ici, la femme, même haut fonctionnaire, n’entend pas désobéir à son époux. Il est encore normal, que l’homme donne son avis et que celui-ci soit pris en compte. Si malgré le désaccord de Monsieur, Madame insiste quand même pour mener à bien sa mission, son conjoint peu décider de lui mettre un peu de pression. Il ira par exemple, tout de go, interrompre les réunions qui trainent un peu le soir . C’est sûr qu’après plusieurs interruptions de ce type, les mauvaises langues pourraient supposer que la fonctionnaire manque quelque peu de sérieux. Mettez-vous un peu à sa place….Et à la question a-t-elle « laché l’affaire? » la réponse est oui. Elle a démissionné
Pour conclure: Les coutumes et les traditions sont les socles par lesquels un peuple, une tribu, une nation se reconnaît. Que les élus aient à cœur, d’améliorer l’existence d’un groupe d’individus est un acte tout à fait légitime. Le problème, surtout dans nos pays, c’est d’abord l’institution qu’est le droit d’aînesse. De nos jours tout n’est plus acceptable. La tradition devrait s’enquérir des mouvements, des cris de ceux qui sont en souffrance afin d’en ajuster, si nécessaire, les usages. Non pas parce que les gens des temps modernes méprisent la tradition, mais plutôt parce que le carcan des coutumes peut peser lourd parfois, des ajustements sont nécessaires. La mondialisation et les médias n’ont pas amélioré les choses. Ici la loi les accompagne dans ce sens et elle leur laisse le choix… On peut ne pas accepter l’excision, on peut ne pas accepter un mariage imposé, on peut ne pas accepter qu’un bien foncier aille chez l’oncle x alors que la fille Y est un ayant droit. L’instruction ce n’est plus un privilège de de garçon. Une femme peu aujourd’hui choisir d’exercer un métier qui changera le regard du monde sur la femme. Ou pas. C’est aussi cela des acquis de l’émancipation féminine, etre capable d’exercer la profession de son choix… A condition, bien d’avoir accès à l’information.
Shingui

Un avis sur « Sankara le féministe 2 »