
Cet article je l’écris parce qu’intriguée par un reportage sur la santeria. Les rythmes me rappellent les tam-tams d’Afrique et la procession que je vois, où des pratiquants portent des saints chrétiens, se dirige vers un cimetière. Là je suis doublement intriguée. Une barre de recherche Google plus tard, je vois que les Yoroubas sont part des origines du culte né et pratiqué à Cuba, et là je me dis que ma curiosité ici l’emporte. Je recherche sur la Santeria.
Mes recherches sont terminées depuis plus d’un mois. Ma prise de note a été faite, classée et en attente de rédaction de ce fameux article. J’ai décidé de parler de ces 3 cultes présents dans le nouveau monde, puisant leurs origines et pratiques ducontinent africain. Mais je dois avouer, sans comprendre pourquoi, la rédaction de cet article m’est difficile. Comment parler de ces cultes sans dénaturer l’information que je souhaite relayer ? C’est un défi que j’espère pouvoir relever.
Pour commencer, nous pouvons dire sans nous tromper que le Commerce triangulaire mène ces cultes ancestraux de leur environnement naturel l’Afrique vers les îles des Caraïbes et aux Amériques nord et sud. Ces cultes ont la même base, le vaudou et/ou les orishas. Ici, à la base de 3 cultes différents. Le vaudou, est très pratiqué à Haïti, en République dominicaine et en Louisiane. Le Candomblé dont le fief est Bahia au Brésil et enfin la santeria qui est pratiqué par les Cubains.
« Le commerce triangulaire mène ses premiers esclaves au Brésil à partir de 1530 »
Le commerce triangulaire (La traite négrière menait ses bateaux négriers de l’Europe, vers l’Afrique pour rechercher des esclaves, là ils les achetaient ou les capturaient, pour le nouveau monde et les îles. Les marchands revenaient ensuite en Europe rechercher l’essentiel des fonds nécessaires auretour en Afrique où, de nouveau, seront marchandés des vies humaines contre quelques objets en pacotille) mène ses premiers esclaves au Brésil à partir de 1530. Ils sont originaires du Congo, Togo, Benin, Nigéria, Ghana, Madagascar ou Côte d’Ivoire. Pour l’époque il s’agit des royaumes Dahomey, Kongo et Ashanti. Ces états, encore aujourd’hui, pratiquent le culte vaudou et invoquent les divinités orishas. A l’instar du dieu Shango, très respecté au royaume Dahomey, et invoqué avec la même déférence à Bahia, antre du Candomblé, par exemple. Les esclaves sont transportés dans les conditions que l’on connaît. La traversée est rude. Pour survivre, certains invoquent leurs Divinités et d’autres prient un Dieu chrétien.


Pourquoi ces cultes deviennent-ils part de l’identité spirituelle des africains dans le nouveau monde ? Que reste-t-il des spiritualités authentiques vaudou et Orisha ?
A leur arrivée dans le nouveau monde, les africains serontpour la plupart, systématiquement baptisés. Ce qu’il est bon de noter c’est que ce commerce posait quand même un problème de conscience aux propriétaires de négriers et à leurs employés. Du moins, à ceux qui profitaient le plus de ce trafic.Des solutions sont trouvées pour maintenir les revenus émanant de ce commerce et apaiser les consciences de ceux qui en avaient une… La science et les sciences humaines entre philosophes, biologiste et autres naturalistes apaise leur conscience. Les africains ne seraient pas des êtres humains comme les occidentaux. Des sauvages à qui on sauve l’âme en les faisant baptisés par un clergé qui ne se gênait pour grouper les baptêmes. Il est utile de rajouter que ce « sauvetage » des âmes des captifs était « alimenté » par les taxes que l’état reversait au clergé. Il devenait le « gardien » des consciences. S’assurant en contrepartie de prodiguer des enseignementsencensaient la docilité face à leurs souffrances en captivité dans l’attente d’un paradis après la mort. Il n’y a donc ici aucune raison pour qu’un culte autre soit pratiqué dans les plantations. Imaginez vous ceci, ils vivent sur des plantations où ils ne connaissent que la rudesse du travail des champs, les brimades, les injustices, les familles sont déchiquetées, les femmes séparées de leurs époux ou de leurs enfants, de leurs parents, les sévices corporels et ainsi de suite… Pour quelle raison auraient-ils envie de célébrer leurs origines à travers leur culte ? Qui en de telles circonstances aurait envie de repenser aux paysages de son enfance ? La chaleur d’un foyer ? les rythmes et des danses d’un passé « oublié » ?
« Le pays vit une série de miracles avec ces révélations du seigneur. Il est appelé à la conversion et cela même est une grâce.»
Les missionnaires arrivent en Afrique bien avant les colons. Dans les royaumes des Yorubas et au Dahomey par exemple, ils vivent environ 50 ans sans la « protection » des colons. Ils évangélisent. Pour eux faire le plus important est de « mener le plus grand nombre » vers Dieu. Pour cela, ils réinterprètent certains passages de la bible afin que ceux-ci collent aux us et coutumes des régions où les campagnes d’évangélisations sont menées. Il est dit par exemple qu’en Inde, les missionnaires ont été accusés de falsifier les textes et les dogmes ; de transformer, les messes en fonction des croyances locales au point où, elles finissaient par ressembler à des cultes païens. La conversion du Kongo par exemple se fait grâce à une interprétation, des missionnaires, des rêves de deux notables du roi NZINGA. Ils rêvent d’une dame en noir et d’une pierre en forme de croix. Selon cette interprétation, ce serait là une grâce que d’avoir vu en songe, la vierge marie et la croix du christ. Après avoir interprété d’autre faits similaires, le prêtre affirme que le pays vit une série de miracles avec ces révélations du seigneur. Il est appelé à la conversion et cela même est une grâce. Ainsi est arrivée la conversion du Kongo. Cela n’empêche pas les européens de les enlever pour en faire des esclaves dans le nouveau monde. La conversion au christianisme ne les a pas sauvé d’un « enrôlement » pour le nouveau monde. Nous pouvons en dire de même pour les africains qui se sont convertis à l’islam, en affirmant que leur condition est encore plus à déplorer puisqu’en 2024, sont encore recensés, dans certains pays musulmans des cas d’esclavage. Pour rappel les saintes écritures n’interdissent pas l’esclavage. Certains des saints s’expriment sur le traitement de l’esclave adhérant aux préceptes chrétiens. Il est conseillé de le traiter correctement. Même si pour saint augustin, l’esclavage serait lié au pêché. Chez les musulmans afin de bénéficier d’un meilleur traitement, vaut mieux être convertit. Et bien entendu, ceci n’est valable qu’en pays musulmans, les siècles précédents. Il n’est pas dit, que cet argument-là soit encore d’actualité de nos jours.
Rappelons ici qu’entre les trafics, les razzias et les négriers, les hommes et les femmes présents dans ces bateaux devaient se douter qu’ils ne survivraient peut-être pas au voyage. Il faut dire qu’à bord des bateaux négriers, l’inconfort, les brimades, les révoltes, les tempêtes et les suicides ne devaient pas promettre une arrivée à bon port, sain et sauf. Alors chacun devait se tourner vers la divinité, le Dieu qui semblait le plus à même de lui offrir la protection qui soit le mènera a bon port, soit le réorientera vers les terres africaines, son foyer. C’est ici que l’on comprend pour quelle raison le Dieu Eshu elegua est présent dans toutes les spiritualités africaines du nouveau monde. C’est le Dieu qui est connu comme sachant le futur grâce à ses entrées dans les deux mondes..
« La pratique du vaudou comme signe de résistance »
Eshu est le dieu des carrefours. Il a un destin tragiquement légendaire…. Son rôle est de relier les deux mondes, celui des divinités et celui des hommes et femmes de ce monde. Il dessine le futur et son rôle est déterminant dans l’élaboration de l’avenir des sujets qui font appel à lui. Il est l’espoir et le futur. C’est ainsi qu’Eshu Legba le dieu des carrefours, arrive à Bahia et à Cuba et à Haïti, c’est ainsi qu’il part de l’Afrique vers le nouveau monde.
Les africains, sur ces territoires, ne sont pas autorisés à pratiquer leurs cultes. Ils sont obligés de concevoir, de penser la pratique du culte autrement. Ils sont obligés de ruser. Le son des tam-tams peut faire penser à de la dance et à des chants. Ce qu’ils ne savent pas, les propriétaires de ces fameuses plantations, c’est qu’invoquer Shango, Oya, Obatola demande de la danse, du rythme et des transes. Cet appel aux divinités, aux ancêtres, se fait au nez et à la barbe des esclavagistes.

Prenons l’exemple du Vaudou qui est pratiqué par des millions de personnes à travers le monde et pourtant selon le lieu où l’on se trouve, la pratique du culte est différente. Prenons le vaudou Haïtien. Il est présent à Saint Domingue (France) dès l’arrivée des premiers esclaves, soit 1500-1510. Les bateaux négriers partent de saint louis au Sénégal, et les africains déjà, certains sont convertis à l’islam. Il est donc possible de penser que, le vaudou haïtien se construit sur le culte des Orishas et des croyances des uns et des autres.Surtout si l’on tient compte de leurs origines diverses cela aboutit au culte que nous connaissons. La généalogie des génies vaudoun s’alignera avec les origines Ibo, Nago, Bambaras, Haoussa, Mandengue et les pays d’origine Congo ou Sénégal. C’est ainsi que les anciens ont décidé de nommer les génies vaudou en terre Haïtienne. Ici est honorée la terre des ancêtres, il n’est pas question d’oublier, il n’est pas question de se résigner à une existence de servitude et hors de son pays d’origine. Le culte vaudou est ici, résistance pour le peuple haïtien. Le pratiquer, c’est le signe que la lutte continuece, dans l’espoir de retrouver ces racines un jour. Toujours parce qu’il est plus sain en certaines circonstances de calmer les esprits, les vaudouisants finissent par associer les saints catholiques tels saint Expédit à leurs arbres généalogiques. Malgré les persécutions dont ils ont fait l’objet, embrasser le catholicisme c’est capituler. Et le peuple Haïtien sait le combat et la lutte pour sa liberté. Ils arrachent leur liberté à la domination française et le pays devient quand même la première république dirigée par un esclave affranchit, Toussaint François AKA Louverture (pour la stratégie qui lui permet de trouver les brèches dans le camp adverse pendant les batailles). On y verrait bien là, le signe que les ancêtres ont bel et bien veillé sur leurs progénitures. Que nenni… et c’est bien là que réside ce que je qualifierai d’ironie du sort. Ne pas avoir cédé aux sirènes de la conversion au catholicisme, enfait un peuple fier et combatif. Mais une fois cette très chèreliberté acquise, les représentants du peuples devenues des élites choisissent le catholicisme comme la religion d’Etat(1807). Ce n’est qu’en 1987 que le culte vaudou estofficiellement reconnu en Haïti.
Il n’est toujours pas possible de dire que les autorités catholiques acceptent le culte vaudou. Elles la tolèrent parce que le vaudou haïtien c’est quand même 15 millions d’individus. Le vaudou n’y est toujours pas une religion. D’abord parce qu’en fonction des hougans, les lwa peuvent être perçus comme étant bons ou mauvais. Tout ceci dépendrait du point de vue De l’Hougan (prêtre) et de laMambo (prêtresse vaudou). Le culte se vit avec une absence de jugement moral chrétien sur le bien et le mal.
« ….Les cérémonies sont clôturées par les psaumes et des invocations à Jesus et à la vierge marie. »
On pourrait compléter ce paragraphe en évoquant en quelques lignes d’autres caractéristiques d’autres cultes. Le vaudou Dominicain est associé quant à lui à la magie et la sorcellerie. Le culte rend hommage aux proches dans un cimetière. Pratique diabolique selon l’église. Une demande de protection des ancêtres selon les vaudouisants. Les cérémonies sont clôturées par les psaumes et des invocations à Jésus et à la vierge marie. Ici le vaudou est divination. Les mambo et Hougan se forment pour la plupart à Haïti, sont obligé de s’exprimer en créole haïtien comme les lwas qui selon certaines sources ne s’exprimeraient pas en espagnol. Le vaudou ici n’est pas vu ou regardé avec bienveillance puisque le rappel des racines est bien trop important. Ici, une préférence est donnée à la religion catholique qui se rapproche plus de l’occidental que de l’africain.
« Le Dieu Egon est appelé à Bahia. Il représente l’esprit des morts. Il apparait lors des mariages afin d’apporteraux futurs mariés les bénédictions des ancêtres décédés »
Le royaume du Dahomey et le royaume Kongo perdent beaucoup trop d’enfants tout le temps que dure le commerce triangulaire. Ce grand malheur n’a pas été capable de les couper totalement de leurs racines, puisqu’ils parviennent, par la ruse la plupart du temps, à rester ancrés dans leurs traditions et les cultes ancestraux. La seule possibilité pour les esclaves de pratiquer leur culte, était de se réunir les jours de cultes. Ici, les tam-tams et les transes se confondaient à la danse. Pour les plus suspicieux d’entre eux, il fallait faire diversion. Il n’était pas inédit, à ce moment-là, de remplacer les noms des Orishas par ceux des saints chrétiens.
Le Brésil reçoit ses premiers esclaves vers 1530. Ils sont bantous et leurs origines sont Togolaise, béninoises, Nigérianes, Guinéennes, Gabonaises, Malgaches, Mozambicaines, ivoirienne ou ghanéennes. La plupart fait donc partie du Dahomey, le culte vaudou et les orishas seront,à terme les cultes qui traverseront les temps, car l’arrivée principale des esclaves se fait dans cette zone géographique. Pour les esclaves de Bahia par exemple, il ne leur a pas été permis d’en faire un culte « officiel », du moins reconnu par leur maître. Aussi combattus par l’église catholique, le candomblé sort des sentiers battus après avoir tronqué les noms orishas par celui des saints catholique, c’est ainsi que l’on peut avoir comme exemple, l’on part ici de Shango, Obatala et Oya, pour Saint Jérôme, ou sainte barbe ?…. Mais malgré des siècles de présence dans le nouveau monde, les divinités appelées et célébrées n’ont pas vraiment changées.
C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, la divinité Egon est appelée à Bahia. Il représente l’esprit des morts. Il apparait lors des mariages afin de donner aux futurs mariés les instructions des ancêtres décédés. Ces bénédictions sont apportées en chants et en danse. Sa voix rauque ne peut être entendue que si une application stricte des rituels yoruba a été appliquée. Egon est toujours appelé au Brésil. Ceci pour dire que la résistance des anciens esclaves a été utile à la préservation de ces traditions. Si Eshu a représenté l’espoir d’un retour au pays natal pour tous, la pratique des leurs cultes leur a permis de retrouver un peu de leurs contrées dans l’enfer qu’a été le nouveau monde. Cette persévérance et la constance dont ils ont fait preuve dans la pratique et la préservation de leur culture a enrichit celle-ci. En effet, à la place des orisha Yoruba et du vaudou du Dahomey, ces descendants d’africains arrachés à leur terre se retrouve avec plusieurs autres formes de vaudou, nous en citons trois différents, le vaudou dominicain, de Louisiane etHaïtien. Le culte des orisha Yoruba donne naissance à la santeria et au candomblé. Mais quelle richesse !
Shingui
