
Du grand Zimbabwé à l’empire du Monomotapa, qui sont les shonas ? Un reportage du natural géographique parle d’un pays que je connais peu, le Zimbabwe. Le cameraman zoome sur les pierres du grand Zimbabwe et je suis fascinée et perplexe. Ceci ne colle pas à l’image véhiculée pendant des années sur l’habitat en Afrique « avant l’arrivée de la civilisation » : la colonisation. J’ai entre 17 et 18 ans et je m’interroge…. Cet article répond à ces interrogations.
Le grand Zimbabwe se construit au moyen âge. C’est une cité prospère. Les échanges commerciaux se font entre voisins, mais aussi avec les arabes. Cette cité prospère, fascine les occidentaux qui passent par-là. « The great Zimbabwe » n’est pourtant pas la première ville d’Afrique noire avec un grand centre d’échanges commerciaux. C’est la ville de Djéné Djeno fondée en 260 av JC. Mais à Djéné Djéno, point de pierres… Mon
étonnement nait de la pierre. Je ne comprends pas. Alors je cherche…. Je m’intéresse d’abord aux constructions médiévales en France, ensuite au peuple Shona dans son ensemble et enfin à la construction du grand Zimbabwe et à l’empire du Monomotapa.
La France et la construction médiévale
Avant l’écriture de cet article, j’avais une idée assez peu claire de ce à quoi pouvait ressembler le moyen âge en Afrique. Je ne le sais toujours pas vraiment. J’ai néanmoins pu me faire une idée de ce qui existait au Zimbabwe. Et je suis assez satisfaite de mes trouvailles…
Pour me faire une idée précise de ce que les historiens nomment les constructions médiévales du grand Zimbabwe, j’ai essayé de comprendre à quoi correspondaient les constructions du moyen âge (476-1453) en France. Je parle en particulier des constructions romanes du 11eme siècle. C’est une époque où il n’est pas courant de se faire bâtir une jolie maison de pierre. Ce n’est pas accessible à tous, c’ést un privilège réservé à l’église et aux riches seigneurs. Le métier d’architecte n’éxiste pas encore, c’est pour cette raison que dans les chantiers, la construction au 11e siècle dépend principalement de deux corps principaux. Des tailleurs de pierres et des Maitres d’œuvres. Ils excellaient grâce à l’expérience acquise et accumulée au fil des chantiers. Les affaires cependant ne sont pas toujours faciles, le peu d’édifices en construction connait souvent des pénuries de pierre. Ce n’est que grâce à la découverte de nouvelles carrières et au progrès technique que se généraliseront les constructions en pierre. Les pierres sont pour la plupart cassées au marteau, elles sont, dans leurs formes brutes, appelées des moellons. Pour les transporter, en Egypte il était courant de faire usage de rampes et en Europe, en dehors de l’acheminement terrestre, l’aménagement de voies d’eau, des canneaux était aussi possible. Manier la pierre, construire batisses et chateaux est un travail fastidieux. Pour vous donner un ordre d’idée, il fallait entre 20 et 100 ans pour lever de terre une cathédrale. Avec quelques exceptions, dont une en particulier, le château fort de Richard Cœur de lion, château gaillard. Lui se construit sur la roche, en un an seulement. Richard cœur de lion c’est le roi d’Angleterre, duc de Normandie et duc d’Aquitaine.

Mes lectures sur les constructions médiévales elles aussi m’interrogent? Elles aussi. Je me demande comment les shonas en sont arrivés à couper la roche, morceaux par morceaux pour en faire ce que nous voyons au grand Zimbabwe, en langue shona, maisons de pierre. Non, vraiment je ne comprends pas pourquoi nous en savons si peu sur les constructions de pierre en Afrique subsaharienne.
Les Shonas et le grand Zimbabwe
Le peuple Karangas est rebaptisé Shona par le colon. Les shonas, d’origine bantoue, migrent vers l’Afrique australe à la recherche de nouveaux territoires. Le grand Zimbabwe devient une de leur demeure. Les shonas sont des surdoués de la pierre. Ils ont une véritable maitrise de l’art de la pierre. La sculpture sur pierre fait d’ailleurs la fierté du peuple zimbabween car connu et reconnu partout dans le monde. Citons ici le sculpteur shona Henry Munyaradzi. Les Shonas utilisent pour leur construction, de la pierre de granite taillée dans un processus assez particulier. C’est de la pierre qui est chauffée avant d’être taillée. Elle est plus lisse au toucher. C’est une construction sans mortier, comme à Mykene en Grèce. Une technique, que les shonas ont développée avec le temps, qui ne s’acquiert que par la pratique et qui sert à la construction du grand Zimbabwe.

Parce que comme tout le monde, je trouve ces constructions suffisamment impressionnantes pour interroger sur les autres sites possibles construits par les bantoues. Pourquoi n’avons jusqu’ici rien trouvé d’autres ? RIEN chez les bantous restés en territoire bantou…. Quand on lit l’histoire du continent africain, pratiquement tous les historiens s’accordent sur la difficulté qui existe d’accéder à des informations fiables. Sans doute faut-il y voir l’influence des traditions orales, longtemps seules gardiennes des récits historiques.. On peut citer l’exemple du griot. Bref, la rareté des sources écrites ne permet pas de raconter l’Afrique, vraiment. Les arabes et les européens arrivés sur le continent archivent et documentent leurs voyages. Mais autrement, pour les sources venant des autochtones, l’exactitude des informations laissent parfois à désirer. Ce qui donne souvent au monde l’impression d’une non existence du continent africain avant l’arrivée ou les ressources calligraphiques de ces explorateurs. Nous avons donc besoin de plus d’archéologues chez les bantous…

Le grand Zimbabwe étonne les étrangers qui passent par là. Pour certains les constructions datent de la reine de Saba, pour d’autres ces constructions sont européennes. Karl Mauch l’expéditeur allemand était du même avis. Et pourtant…. Il existe plus d’une centaine de constructions en pierres du peuple shona au Zimbabwe. Il aura fallu attendre les années 1900, pour que les archéologues confirment ces faits. Le grand Zimbabwe est prospère. Le commerce y est florissant, ses mines d’or et d’argent lui rapportent de quoi échanger en biens de valeurs, avec, non seulement les arabes, mais aussi les voyageurs de passage. Par exemple les chinois, de la vaisselle précieuse et des perles de verre ont été découvertes dans les vestiges du site. Cela correspond aux sources qui indiquent que les amiraux des dynasties de Tang (618-907) et Yuan (1260-1365) mènent des expéditions vers l’Afrique par l’océan Indien. Les archéologues retrouvent au Zimbabwe des tessons de porcelaine et de la monnaie chinoise. Il est raconté par ailleurs que, pendant la dynastie Ming (1368-1644) sur les 7 expéditions que conduit l’amiral Zheng He, de la péninsule indochinoise, vers les côtes africaines en passant par les côtes perses et arabes, deux seraient passées par l’Afrique. Le but de ces expéditions : trouver des trésors pour le harem impérial.
Le grand Zimbabwe et l’empire du Monomotapa
Le grand Zimbabwe se subdivise en 3 parties. La grande enceinte, le complexe des collines et la vallée. Les murs d’enceintes sont immenses, ce qui laisse supposer que les maîtres d’œuvre sont capables de gérer un grand nombre d’ouvriers. Contrairement aux bâtisses françaises du moyen âge, ici, pas de pénurie de matériau. La construction se greffe directement à la roche ou se construit près de celle-ci. Le choix de nouvelles « résidences » se fait la plupart du temps, près des rochers. C’est comme ça que l’on s’établit dans une nouvelle région.
Le statut social ne conditionne pas les constructions d’enceintes et d’édifices en pierre comme en occident. Du moins c’est une information qui n’a pas été évoquée. Il est de, plus utile d’expliquer que les maisons ne sont pas construites entierement en pierre. On utilise parfois de la terre, du bois et du pisé.
Le roi et sa suite résidaient sur les hauteurs, the great enclosure, ce qui laisse supposer que le commun des mortels n’avait pas les mêmes privilèges. Des couloirs en pierres tracent un chemin vers le bas de la vallée occupée par de nombreuses habitations. L’acropole, quant à elle, Acropolis, était le centre spirituel tout en haut du grand enclos, là où ont été retrouvées les deux colonnes en pierre de stéatite dans lesquelles sont sculptés des oiseaux, totems des shona. Les oiseaux appellés Hungwe (en shona). On les retrouve sur l’emblème du Zimbabwé. Le grand Zimbabwe est peuplé d’environ 18000 âmes, à son apogée.
Ce qui somme toute semble contradictoire puisque certains explorateurs expliquent que la résidence du roi, ne se différenciait pas des autres si ce n’est pas la taille. De l’extérieur du moins. En 1552 Joao de Barros, décris l’habitat dans la vallée du Zambèze comme suit : Des maisons généralement en bois de forme iconique avec des pièces de bois attachées à un pieu comme une tente. Les murs étaient apparemment, recouverts de glaise, les toits de chaume. Ceci pour l’extérieur des demeures. Il est précisé par d’autres expéditeurs, que bien que de l’extérieur, il était difficile de faire la différence entre la résidence du roi et les autres, sauf par la grandeur du bien. Elle était la plus vaste de toutes, l’intérieur disposait, comme décoration, de tentures aussi grandes que celles que l’on pouvait trouver en Europe à cette époque. Ce qui va dans le sens des trouvailles des archéologues qui nous confirment que l’art de filer remontait au 11eme siècle. Il est trouvé des disques perforés en terre cuite qui se seraient retrouvés sur le site par l’intermédiaire des marchands arabes. Du coton était cultivé dans la vallée du Zambèze. La taille des tissus était de l’ordre de 2,2 à 4,4m. Aujourd’hui, en matière de textile, une spécialité shona, le batik sadza, nous offre un aperçu de la qualité du travail des artisans shonas. Le sadza est un aliment consommé par les shonas. De la bouillie de maïs, avec laquelle les artistes, traces des motifs sur du tissu en coton. Sont représentés sur ces batiks des motifs batik la faune et la flore, symbole de la spiritualité shona. Une fois les motifs tracés à la main, l’étoffe est teinte, séchée avant que soit enlevée, à la main, toujours, les restes de sadza encore collés au tissu.
Quelques informations supplémentaires pour les curieux : Le fuseau est appelé en langue shona : Khanba, le filage kungisa et le tissage Ku ruka mucheka.
Le déclin du grand Zimbabwé et la construction de l’empire du Monomotapa…
Les raisons du déclin du great Zimbabwé sont multiples, semble t-il. J’en évoque deux qui me paraissent être des plus probables. La première, c’est le fleuve sabi. Son régime hydraulique c’est à-dire, « Les variations de l’état (débit mensuel, hauteur d’eau et des caractéristiques d’un cours d’eau) ayant été modifié, c’est-à-dire que la navigation des bateaux arrivant par l’océan indien devient impossible. Les échanges commerciaux deviennent moins importants. La sécheresse finit à son tour par faire de gros ravages (Cultures, pénurie d’eau…). Il est temps, pour les habitants, de trouver des cieux plus cléments. C’est ainsi que se construit, sur une région moins asséchée, le Monomotapa. C’est la fondation de l’empire, c’est le 15 eme siècle. Pour certaines sources, Le Monomotapa, ne serait pas un empire dans le sens où il n’existerait pas de relation d’autorité réelles entre les états voisins. La légende dit que le Mutota, roi et fondateur du Monomotapa avait un descendant qui trouvait le royaume bien trop vaste à son goût. La gouvernance des états trop éloignés ne lui convenait pas. Il subdivise ce qui devient l’empire du monomotapa entre ses 3 de ses fils comme suit : pour l’ainé ce sera le Quiteve. Il portera le titre de Saxiteve, le second fils quant à lui, sera le Sa Dombogo du Quissanga et enfin pour le troisième, les portes du royaume Mandada lui sont ouvertes. Il y sera appelé Sedanda. Il n’y aura pas eu ingérences du roi dans les affaires d’états de ses fils, sauf pour leur succession. Chacun des royaumes avaient ses vassaux.

Le Zimbabwe est riche… du moins ses sous-sols. Le moyen âge est une période pendant laquelle les Karangas se constitue une économie très solide. Elle en impressionne plus d’un. D’abord parce qu’ils pratiquent le commerce avec les arabes et les Portugais, qu’Ils exploitent les mines d’or de Sofala qui produisent entre 1300000 à 2000000 de meticals d’or (Ce qui represente 5500 à 8500 Kg) par an. Mais aussi parce qu’au sein même des familles il est essentiel de se constituer un patrimoine. Un exemple: Les fiancés, futurs mariés donc, pour poser la base de ce que sera l’économie de leur foyer, négocient avec leurs familles respectives. Les pourparlers portent sur les capacités de la femme à concevoir. Le nombre d’enfants à venir est rétribué par le nombre de bœufs offerts à la future mariée… Et enfin, le commerce de l’ivoire. Une part importante de l’économie Zimbabwéenne se construit ici, avec les éléphants et leurs défenses.
Ceci, pour expliquer l’importance du MONOMOTAPA dans la région, à cette époque. Cette richesse attire des convoitises et crée des rivalités. Les rois, pour préserver leur autorité et pouvoir sur leurs voisins, gagner des guerres, deviennent vassaux des Portugais. C’est ainsi que l’empereur du Monomotapa, finit par offrir TOUTES les mines d’or, d’argent, d’étain, de fer, de cuivre et de plomb du pays aux Portugais. Parce qu’il se sent en danger à causes des guerres. En échange de leur protection, ils acceptent les mines offertes et en font un vassal. Il parait même qu’il aurait demandé aux Portugais de lui envoyer maçons et tuiliers pour bâtir une demeure en pierre… Son pouvoir a bien été préservé. C’était le 1er Août 1607. En 1627, les Portugais refusent de verser le tribu qu’ils sont tenus de payer au roi, déclenchent une guerre contre le mwenemutapa (le roi) . La gagne et le remplace par son neveu Mavura Mandhe. Celui-ci devient chrétien et répond au prénom de Philippe. Ils lui construisent un fort comme en Europe. Fort encore bien visible dans les mines de Kasekete. L’arrivée des portugais, l’esclavage qui vide le pays d’hommes et de femmes, accélèrent le déclin du Monomotapa.
Conclusion
Les ruines du grand Zimbabwe et l’empire du Monomotapa ont été pour moi une découverte. J’écris cette article avec en têten une question reccurente: Pourquoi des bantous, partis de leur terre d’origine, avec des connaissances comme celle-ci, ne construisent rien d’autre dans leurs précédents lieux de vie. Comment est-ce possible ? S’il y a eu constructions, où sont-elles passées ? Ce que dit la science, du moins l’architecture, c’est que ces talents de bâtisseur se perfectionnent, comme tels, au fil des chantiers. C’est d’autant plus parlant au moyen âge. Les maitres d’ouvrage apprennent sur le tas. Que ce soit en France, ou en le territoire africain. C’est partout pareil. Alors oui, je suis étonnée que les karangas, des bantous, n’ait laissé aucune autre trace de leur passage pendant leur traversée traversée de l’Afrique centrale j’usqu’au qu’au Zimbabwe.
Pour finir, je souhaite rappeler que la richesse des sous-sols en matières premières, la fertilité des terres, l’abondance du bétail, bref, tout ce qui permet à une population d’exister plus que confortablement sur ses propres terres, a causé la perte de l’empire du Monomotapa. Les conflits entre Etats rivaux n’ont pas facilité la prise de décision qui aurait préservé mines, territoires et liberté des peuples karangas. Ils ont choisit d’impliqués des étrangers dans les conflits qui les opposaient. Ceux-ci se sont empressés de conquérir et d’asservir les rois.
Shingui


