
En ce jour de Mars, partout dans le monde nous célébrons la femme. En fonction des pays et du continent, les cérémonies sont solennelles, joyeuses et parfois même très délurées. Au Cameroun parfois, c’est le kaba ngondo* qu’on soulève, pour laisser entrevoir avec élégance les jupons et autres secrets de la femme souvent coquine.
Nous, ici notre 8 mars sera un peu plus grave. Nous avons choisi de parler de ce qui a mit à mal les progrès, gagnés au fil du temps, par la lutte et l’engagement des féministes dans le monde ces dernières années.
L’une des plus grandes avancées dans les droits de la femme, c’est très certainement celui de disposer, librement de son corps. La contraception la laisse libre de vivre pleinement sa sexualité . Elle peut ainsi au final recourir à l’avortement ou choisir de devenir mère. Pour une fois, le choix final est sien. Et c’est vrai, c’est une avancée à pas de géant. Hélas, en cette année 2022, le sénat américain n’est pas de cet avis. Il a invalidé la décision Roe VS Wade ( Jane Roe la plaignante originaire du Texas est enceinte de son troisième enfant. Elle espère une interruption volontaire de grossesse, pratique illégale au Texas, comme sur tout le territoire américain. Pour ce faire, ses avocates portent l’affaire devant la cour suprême contre WADE le juge du district de dallas. 7 juges votent pour le respect de la vie privée de la plaignante. Elle a le droit d’avorter. Nous somme le 22 Janvier 1973. ) L’avortement redevient illégal sur le territoire américain ce 24 Juin 2022.
L’Afghanistan voit en 2021 le retour des talibans au pouvoir. Nous nous doutions bien que cela ne laissait rien présager de bon pour les droits des femmes afghanes, mais de là à revivre ce qui nous avait révolté aussi fort quelques années auparavant…. Nous dirons donc, malheureusement, rebelote. Les femmes afghanes ne sortent toujours pas de chez elles sans chaperon masculin, elles doivent fermer leurs commerces et leur droit à l’éducation est de plus en plus restreint. Il est important de souligner que vous empêcher d’exercer un métier, d’avoir accès à l’éducation ou même de nier vos droits à une sexualité différente sont des facteurs aggravants face au suicide.
Que dire de l’Iran qui 40 ans après les mollahs, autorise encore une police des mœurs qui a faire emprisonner une jeune femme parce que son Hijab n’est pas porté « comme il faut ». N’avons nous pas été choqués de voir périr Mahsa Amini pour cette raison.
Enfin, pour clôturer cet article, nous ne pouvons passer outre les progrès visibles en matière de parité dans la prise de parole pour la défense des droits de la femme, dans ce qui représente bien le peuple. Le parlement. L’ONU en 2022 parle de petits progrès sur les 47 pays recensés. Une augmentation de 2,43 points. Les femmes de couleurs sont à l’honneur : Au Brésil, elles sont 4829 à se présenter aux élections et 263 aux Etats-Unis. 4 parlementaires homosexuelles de plus au Mexique, soit un total de 6. Le japon est un bon élève et tire son épingle du jeu en ouvrant grand les portes du sénat aux femmes, alors que le moyen orient et le Maghreb sont à moins de 10% de présences féminines dans les parlements. Mais comme toujours dans nos sociétés patriarcales, afin que les choses changent et que nous voyions les progrès plus rapides, les femmes se voient bien obligées de faire appel à leurs homologues masculins pour une représentation plus importante. Pour cela il est important d’aménager le temps de travail et de faire de ces lieux des exemples de bienséances où sont exclues les insultes et les attaques sexistes.
Le bilan mitigé, de cette année nous laisse un arrière goût amer dans la bouche. Une femme tuée parce à cause d’un Hijab « mal porté » , des lycéennes gazées dans des cours d’écoles, des femmes obligées d’arrêter d’exercer leur métier, encore 4 millions de petites filles menacées par l’excision ? Le droit d’avorter et donc disposer librement de son corps est redevenu hors la loi ? C’est trop. Le monde n’a pas préparé les femmes à revenir 40 ans en arrière. Nous sommes heureuses de voir que la lutte continue.
Shingui
* kaba ngondo* Vêtement ample traditionnel confectionné avec du tissu pagne ( étoffe en coton orné de motifs divers et variés) porté à l’origine par les femmes du littoral, les femmes de Douala. Le porter n’est plus uniquement réservé aux femmes sawas (douala), le Kaba Ngondo fait aujourd’hui partie intégrante du patrimoine vestimentaire du Cameroun.
