
La France est en fête nationale aujourd’hui. Nous sommes le 14 Juillet.
Marianne c’est un des 8 symboles de la République Française. Rapide « reminder »… Les sept autres symboles sont les suivants*: Le drapeau tricolore : Il dit l’unité de la France en 3 couleurs, bleu blanc et rouge. La marseillaise écrite par de Rouget de Lisle, Liberté – égalité – fraternité: Concept initié par Rousseau, Locke et Robespierre dès 1792. Le faisceau de licteur : C’est l’emblème de la France ; une hache entourée de branches liées entre elles par des lianes, le tout derrière un bouclier. Le 14 Juillet 1789 date de la naissance de la révolution. C’est la prise de la bastille. Le sceau, valide un acte, il est personnel. La république française utilise le même depuis 1848. En France c’est à l’occasion des changements dans la constitution , uniquement que l’on se sert du sceau. Le coq: Du mot latin Gallus pour coq et gaulois. Le symbole est tellement important qu’il est joliment posé sur les grilles du parc de l’Élysée.
Bien…. ceci étant dit, nous ici, nous avons décidé de nous intéresser à un seul symbole celui de Marianne. Marianne est le symbole républicain qui associe son image à celle d’une personnalité publique. Les bustes que l’on retrouve dans toutes les mairies de France seront moulés, à l’image de la personnalité ainsi désignée. Il va sans dire que la personnalité en question est une femme.



Pourquoi donc la république serait une Marianne , donc femme? Parce que c’est le terme péjoratif par lequel les révolutionnaires étaient « interpellés », Marie – Anne . Ensuite parce que la république se devait de véhiculer de grandes valeurs. Et enfin, parce qu’ il se trouve que en latin, le genre des vertus est bien souvent féminin. Le bonnet phrygien quant à lui, c’est le signe qui dit la liberté chez l’esclave affranchi dans l’antiquité, à Rome. Marianne symbolise ainsi la liberté du peuple français.
La sculpture Marianne c’est le visage d’une femme en chair et en os Marianne : Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Michèle Morgane ou Inès de la Fressange, Laeticia Casta. Des images qui véhiculent encore et souvent, la liberté, la beauté et l’élégance à la française. Le choix des maires, oui ce sont les maires qui votent, ne fait pas toujours l’unanimité puisqu’Evelyne THOMAS en Marianne crée la polémique. Depuis 2003 la nouvelle Marianne en chair et os se fait attendre. Ce qui est tout de même dommage. Car au vu de la diversité de la nation, et de l’évolution des moeurs, il leur est peut-être plus compliqué de s’accorder sur les personnalités les plus susceptibles d’incarner les valeurs de Marianne auprès des citoyens français. Eh bien, profitant de ce temps de réflexion général, en tant que personne « racisée »… Le terme me dérange quelque peu. Je préfère dire, en tant que femme noire, je me dois de partager ma réflexion sur le sujet. Une Marianne noire. Pourquoi pas?

Mais cette Marianne noire, que va-t-elle bien pouvoir nous raconter aujourd’hui ? Pourquoi lui confier le soin de nous interroger sur la place de la femme noire en France ? Quand on y pense, voir Marianne sans penser à la république française, c’est quasiment impossible. Le fait qu’elle ait toujours été représentée en femme blanche ne nous intrigue point puisque c’est la norme. Toutefois, parce qu’ il a toujours été entendu que la république une et indivisible n’oublie aucun de ses enfants, nous nous sommes demandé ce que nous dirait une Marianne noire, installée dans toutes les mairies de France sur les luttes des femmes de couleur depuis la révolution.
Mais avant d’en arriver là, demandons nous quelles sont les Marianne noires officielles en France ? Existent elles seulement? Eh bien figurez-vous que oui, il en existe bien une…. Elle a été sculptée par Bernard Griffoul-Dorval en 1848 à la demande des francs-maçons toulousains. Ceux qui l’ont vu de leurs yeux vus disent ceci de la statue : La Marianne noire dégage une impression de force, elle est en effet très grande avec des épaules assez larges, du moins plus que la moyenne. Elle est vêtue d’un peplus, et sous son bonnet phrygien, on peut entrevoir un némès. C’est sur, la Marianne noire est une femme libre. Le péplus étant le vêtement que porte la femme libre à rome et le némès, coiffe portée par les pharaons d’Egypte. Marianne en 1848 est pensée libre, forte et presque l’égale des pharaons. Nous pouvons donc supposer qu’elle a la liberté de se construire et de se réinventer après l’esclavage…C’est beau l’utopie non ? Bref et si nous laissons la Marianne noire parler pour nous ?
Nous pouvons donc supposer qu’au vu de la diversité de la nation, et sans doute de l’évolution des moeurs, il est de plus en plus compliqué pour les élus de s’accorder sur les personnalités les plus susceptibles d’incarner les valeurs de Marianne auprès des citoyens français. Profitant de ce temps de réflexion général, en tant que personne « racisée »… Le terme me dérange quelque peu. Je préfère dire, en tant que femme noire, je me dois de partager ma réflexion sur le sujet. Une Marianne noire. Pourquoi pas?
Ce texte accompagne un tableau « The black Marianne » de l’artiste peintre Shingui FOUMAKOUNDI, il est associé au symbole adinkra sankofa. San (retourne) KO (va) FA (ramène), que l’on pourrait interpréter comme étant le retour dans l’acquisition des savoirs du passé pour devenir. Retournons voir dans le passé pour comprendre ce qui construit notre Marianne d’aujourd’hui.

Lorsque la France vit sa première révolution, en 1792, le principe d’égalité doit impliquer l’affranchissement des esclaves. Ce n’est que cent ans après, en 1848 que la république abolit l’esclavage. Le nouveau mode de pensée ne sera pas commun. Sur la terre des békés par exemple, la cohabitation ce ne sera pas chose aisée. Marie Antonine TENITRI en fait les frais, puisqu’elle se doit de réclamer la justice pour l’assassinat de son époux, le journaliste communiste André ALIKER. Assassinat déguisé en suicide. Il dénonce le béké Eugène AUBRY qui en plus de se jouer des impôts, soudoyait un magistrat. Avec le contexte de l’époque, prouver le crime, l’on s’en doute, n’a pas été simple. Cependant, sa persévérance dans la recherche de la justice finit par payer. Malheureusement Aubry est absent au moment du procès. Son absence ne lui coûtera que 100frs d’amende. On est en 1936. L’accès à la justice ici n’est pas toujours pas égalitaire. Est-ce une des raisons pour laquelle GETRY Alchimède avocate guadeloupéenne et député propose un projet de loi favorisant l’accès, pour les femmes aux professions juridique? En tous les cas la justice a ses pionnières, en plus de Madame Taubira, ex ministre de la justice. C’est première et seule femme noire de France.
Juste pour dire qu’une marianne noire mettrait en lumière tous ces combats menés, gagnés souvent, mais passés inaperçus, souvent…. Depuis la venus Hottentote, de son vrai nom Saatjie Baartman. Vivante elle est présentée dans des foires comme un sujet de curiosité. Son postérieur était légendaire. Morte, recouverte de plâtre et exposée au musée d’histoire naturelle comme un objet. Un musée comme sépulture. Hummm….. La France rendra tout de même sa dépouille à l’Afrique du sud, son pays d’origine, en 2002. How shocking is this?? Rien de comparable, mais un portrait ici qui mérite d’être évoqué. Celui de Joséphine BAKER, de vrai nom Freda Joséphine McDonald , américaine, chanteuse de jazz et danseuse, atterrit en France en 1925 pour enflammer les cabarets de Paris. Dont un en particulier, la revue nègre au théâtre des champs elysées. Elle est connue pour porter, pendant ses spectacles, attachés autour de la taille, des doigts de bananes. Pour l’époque, une représentation entendue, de la femme dite exotique…. Mais encore une fois, nous sommes heureux de constater que cette image là de la femme noire ne la définit pas dans son entièreté. En 1941 Joséphine BAKER s’installe au Maroc où elle est espionne et résistante. Décédée en Avril 1975, elle entre au panthéon en 2022.


Lorsque l’on discute de la question noire d’une manière générale, nous sommes tous unanimes pour dire que, la danse, la musique, le sport le football et l’athlétisme sont des domaines dans lesquels notre présence n’est en aucune façon questionnable…. N’empêche que, malgré toutes ces qualités naturelles, nous avons dû nous interroger sur notre devenir et pour cela, SANKOFA sur ces femmes qui ont pavé les voies.
Les hommes tels Aimé Césaire, SENGHOR ne sont pas les premiers à s’être inquiété de l’image sur laquelle l’humanité avait décidé de nous figer. Il y a eu, aussi Paulette et Jade Nardal, deux sœurs d’origine martiniquaise. Paulette Nardal, quand elle arrive à Paris en 1920, c’est la première étudiante noire de la Sorbonne, organise le premier café littéraire sur l’internationalisme noir. Ici se côtoient tous les grands écrivains et philosophes qui ont fait la pensée nègre depuis près de 100 ans à l’instar de MARAN ou EBOUE.
Nous pouvons donc affirmer que, la Marianne noire saura expliquer qu’avec la liberté que lui octroie symboliquement bien entendu, son bonnet phrygien, elle a œuvré à réconcilier la femme noire avec elle-même. Elle a eu la liberté d’Être et de devenir. Contrairement aux Amériques, elle n’a pas connu la ségrégation raciale. Elle a donc pu s’instruire, voyager, découvrir le monde, échanger avec le monde. Comment être capable de partager ses idées et surtout de les affirmer ne provoquerait pas l’amour du soi ? L’amour de sa couleur de peau, l’amour de sa chevelure crépue, l’amour de son nez épaté. Cette liberté apparente doit cependant lutter sec contre les idées préconçues véhiculées par les préjugés d’un certain nombre d’intellectuels, tels (Cuvier et Virey) qui preuves à l’appui, affirment que la race noire serait moins intelligente que le commun des mortels et serait plus proche du singe, de l’orang outang que de l’humain…. How shocking this two…?
Oui, la Marianne noire saura dire la lutte constante qui a été la sienne depuis 1794 la première abolition de l’esclavage. Ses premières réussites déjà dès 1880 avec Alice Mathieu-Dubois est médecin, dentiste. Nul n’est besoin de préciser que c’est une pionnière, que c’est une femme noire et qu’elle contribue à lutte pour le droit d’exercer la profession de Médecin. Elle est l’épouse Sollier qui lui exerce en psychiatrie. La lutte pour la liberté qui pousse mesdames Eboué – Tell et Vialle à s’engager pendant la guerre de 1945. Elles deviennent comme Madame Josephine Baker des résistantes. L’une en Afrique centrale engagée comme infirmière et l’autre un peu partout en Europe où elle exerce sa profession de journaliste. De cet engagement sur le terrain, Madame Eboué – Tell, qui pendant son séjour en Afrique centrale fait rugir le régime Vichy et à son retour reçoit 26 médailles, est élue député en 1946, sénateur en 1947. Pour Madame Vialle, l’entrée au sénat se fait en 1947. Deux parcours inspirants…
Et enfin lorsque l’on sait la lutte longue qui a été menées depuis la fin de l’esclavage, nous pouvons affirmer qu’en France, le chemin reste long. Mais restons positifs…. L’intelligence est là, la motivation est bien présente, la vérité sur qui nous sommes et sommes capables d’accomplir, on apprend. Alors oui, je suis pour jeter le pavé dans la marre. Elles ont fait preuve de courage, en s’engageant, en dénonçant et en acceptant d’être des pionnières dans des domaines tels la médecine ou la politique. Et voilà, une génération nouvelle qui peut se projeter vers une existence qui, malgré les difficultés, sera la voie choisie et non pas subie. Et comme toujours nous sommes heureuses de voir que le combat continue. Parce que lorsque l’on regarde en arrière et que l’on voit le chemin parcouru depuis la révolution, on se dit que c’est bien hein ? Mais, dites moi vous les trouvez présentent et visibles vous, les femmes noires en France ?
