Ô toi ma mère, je pense à toi

Madré 50X70cm

Ce jour est un jour anniversaire.

joyeuse ici-bas.

C’était une princesse  d’édéa*, une notable de Kribi*, une mère digne et très protectrice, c’était une reine d’Afrique. C’était surtout ma mère. Elle savait les traditions, les rites ancestraux.

Elle était aussi catholique. Je le précise parce qu’être un bon-chrétien, c’est ne pas avoir des pratiques que des esprits limités qualifieraient d’occultes, telles la communication avec les ancêtres, les esprits, les morts etc….Il est dit que c’est péché. Ah bon ? Pourquoi ? Eh bien, parce que cela nous a été enseigné ainsi. Tout comme la vie maritale du prêtre par exemple. Et pourtant… Mais bon ceci n’est pas l’objet de notre article ce jour.

Je souhaite évoquer brièvement cette tradition qui veut que, visite soit rendue, par l’homme poisson aux esprits de l’eau. Mais chuuut, il ne faut surtout pas le dire. En effet, dans mon village Kribi, petite ville côtière du sud du Cameroun, l’un des meilleurs nageurs de la place fait le voyage en haute mer, à la nage précisions, pour prouver qu’il a des capacités hors normes. Il se chuchote qu’il rapporte venant de l’esprit de l’eau, des nouvelles bonnes. Du moins, c’est ce que tout le monde espère. Son retour, toujours, est acclamé par une foule venue nombreuse. Joie et allégresse, c’est le retour de l’enfant sur la terre ferme. En tant qu’enfant du village, vous vivez cela tout à fait normalement, parce qu’ici, la cohabitation entre les différentes croyances est harmonieuse et tout le monde s’en accommode bien. Ce qui marque en Afrique, dans la pratique de la religion, c’est l’aisance avec laquelle, les gens parlent du non-célibat des prêtres par exemple, de la visite de l’esprit de la famille qui vient leur annoncer une nouvelle, bonne ou mauvaise, qu’importe.

The good eye

Ma maman, en avait du caractère pour traverser toutes les épreuves qui ont marqué sa vie. Elle est croyante et très pratiquante. Elle court de groupe de prière à groupe de prière. Elle prie pour les malades dans les hôpitaux, chante dans les églises et porte des offrandes aux prêtres et quand cela lui est possible, elle aide, ici et là, les plus démunis. Et comme beaucoup de ceux qui voient le malheur trop souvent, elle ne pensait qu’à une chose, persévérer, dans la prière et vivre du mieux possible parce que le malheur viendrait des fautes dans lesquelles les victimes devaient avoir vécu. Ceci aussi, c’est une spécificité bien ancrée dans notre pratique de la religion. Ceci pour dire que ma mère avait une vision bien précise de ce à quoi sa pratique de la religion devait ressembler.

La bible nous enseigne l’amour de Dieu pour ses enfants, nous. Il est dit que nous avons été créés à son image…. Pour les puristes et les kémites, merci de faire abstraction de la couleur de peau et des yeux bleus de Jésus. Chez les croyants, Dieu peut tout. Vrai, parce qu’il Est le tout-puissant. Il guérit et soigne, mais, pour cela, il faut avoir la foi. Or l’Homme n’est qu’homme et sa foi n’est pas toujours inébranlable. Et les prières, eh bien parfois ne sont pas entendues. Alors, on persévère, en prière. Il serait malvenu ici de pratiquer en même temps le culte des ancêtres par exemple, sans que cela soit vu comme une forme d’hérésie. Nous ne sommes pourtant pas tous sorciers…

Nous avons donc, déjà ancrée dans nos mœurs, l’idée selon laquelle, une maladie grave, puisse être guérie grâce à un traitement médical. Selon les croyances, (je développe ici une hypothèse qui est mienne.), le médecin dans un hôpital de ville est certainement plus un enfant de Dieu que le marabout du coin. Il n’utilise pas tous ces objets qui peuvent rappeler pour le non-initié, les pratiques du sorcier du village. A contrario, le médecin lui est exempt de soupçons de ce type. Hmmmm, je vais devoir rendre un hommage bien mérité à la médecine traditionnelle. Mais cela sera très certainement l’objet d’un autre post. Supposons dans son intelligence suprême, que notre seigneur et Dieu, ait eu pitié de l’humanité. Il a ainsi préféré donner à certains individus de ce monde l’intelligence de créer ce qui pouvait soigner l’humain de peu de foi. Nous pouvons donc affirmer que, si l’on retrouve cette intelligence dans la pratique de la médecine en Occident, nous devrions la retrouver aussi, sur un continent où le médicament occidental est hors de prix. Ce, dans des sages qui connaissent l’herbe et la plante. Puisque là aussi, c’est un don et un savoir unique. Cette intelligence et ce savoir-là, ne sont pas disponibles pour tous. C’est par conséquent un don et un talent qui viennent de Dieu, très certainement.

Bref juste pour dire que ma mère connaissait la tradition, les plantes, mais qu’elle avait choisi d’être une bonne chrétienne. Oui, elle avait la foi. Ma mère a donc choisi la foi. La médecine occidentale l’a soignée, peu. Elle a attendu les tous derniers moments pour cela. Elle s’en est allé il y a un an jour pour jour. Je l’espère en paix.

Shingui

A ma mère

Femme noire, femme africaine,
Ô toi ma mère, je pense à toi

Ô Dâman, ô ma mère, toi qui me portas sur le dos,
Toi qui m’allaitas, toi qui gouvernas mes premiers pas,
Toi qui, la première, m’ouvris les yeux aux prodiges de la terre,
Je pense à toi…

Femme des champs, des rivières, femme du grand fleuve,
Ô toi, ma mère, je pense à toi…
Ô toi Dâman, ô ma mère, toi qui essuyais mes larmes,
Toi qui me réjouissais le coeur, toi qui, patiemment,
supportais mes caprices,
Comme j’aimerais encore être près de toi, être enfant près de toi !

Femme simple, femme de la négation,
ma pensée toujours se tourne vers toi…
Ô Dâman, Dâman de la grande famille des forgerons,
ma pensée toujours se tourne vers toi,
La tienne à chaque pas m’accompagne, ô Dâman, ma mère,
Comme j’aimerais encore être dans ta chaleur,
être enfant près de toi. …

Femme noire, femme africaine,
ô toi ma mère, merci pour tout ce que tu fis pour moi, ton fils,
Si loin, si loin, si près de toi !
Je t’aime,
je t’aimais,
je t’aimerais toujours!

Camara Laye

Publié par Shingui

J'ai souvent tendance çà dire : "C'est la mélanine qui me fait artiste".. Pourquoi? Eh bien.. Tout simplement parce que l'envie de raconter me raconter en peinture était grande. Mes racines sont la base de notre travail. Tant sur le plan des œuvres qui accompagnent les articles, que celui des sujets discutés dans mes articles. Faire des savoirs ancestraux un outil destiné à nous faire comprendre et connaitre notre histoire, mais aussi créer des passerelles entre les cultures autres afin que notre histoire, racontée par nous, soit connue de tous. Une ouverture d'esprit indispensable pour comprendre le monde d'aujourd'hui et construire celui de demain. Pour cela, je m'accompagne de jeunes artistes, de tous horizons. J'espère ici rendre l'art afro contemporain accessible pour tous. Achetez ici https://shinguifoumakoundi.sumupstore.com

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